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La vérité sur la solitude de la maternité à l’étranger

Je suis Polonaise.

J’ai vécu dans trois pays différents.

Et je suis devenue mère dans deux d’entre eux.

D’abord Londres. Puis un retour en Pologne avec mon premier enfant — ce qui, sur le papier, est « la maison », mais qui ne l’était plus vraiment après des années passées à l’étranger. Et ensuite l’Italie, près de la frontière suisse, de nouveau enceinte, avec un tout-petit à la main, à tout recommencer depuis zéro… encore une fois.

On aime romantiser la vie à l’étranger.

L’aventure. La culture. La nourriture. Le « waouh, quel courage ».

On parle beaucoup moins de la solitude silencieuse qui s’installe — surtout quand on devient mère.

Et personne ne te prépare vraiment à cette partie-là.

maman de dos tenant son nouveau-né dans ses bras tout en l'embrassant

Être étrangère ne s’arrête pas quand on devient mère

L’une des choses les plus difficiles dans la maternité à l’étranger, c’est que tu n’apprends pas seulement à être maman.

Tu le fais au sein d’une culture qui n’est pas la tienne.

Des règles différentes.

Des habitudes différentes.

Des attentes différentes.

Parfois c’est subtil. Parfois c’est évident.

Parfois c’est juste ce sentiment difficile à expliquer — que peu importe le temps que tu passes là-bas, tu resteras toujours l’étrangère.

Il peut y avoir des biais. Pas toujours agressifs, mais présents.

Des traditions différentes. Des manières différentes d’élever les enfants. Des règles non dites sur ce qui est « normal », acceptable, poli.

Et quand tu es déjà fatiguée, hormonale, en manque de sommeil… ces différences pèsent encore plus lourd.

Des « amitiés », mais avec une heure de début et de fin

Ça me fait encore sourire — parce que si je ne souris pas, je pleure.

J’ai un jour parlé avec une maman italienne vivant aux Pays-Bas. Elle m’a dit que la partie la plus difficile n’était ni la langue ni la météo, mais le fait que tout soit programmé.

Un café avec une autre famille ?

Heure de début. Heure de fin.

Un playdate ?

Heure de début. Heure de fin.

Un dîner ensemble ?

Exactement. Heure de début. Heure de fin.

Tout le monde arrive à l’heure. Tout le monde repart à l’heure.

Pas de débordements. Pas de chaos. Pas de « on verra ».

Pour certaines personnes, cette structure est rassurante.

Pour d’autres… elle est froide.

Quand tu es habituée aux visites spontanées, aux cuisines bruyantes, aux enfants qui courent pendant que les adultes parlent trop longtemps — ça peut donner l’impression d’une amitié avec un chronomètre.

Et tu finis par te demander en silence : est-ce que le problème, c’est moi ? Suis-je trop ?

Repartir de zéro — à chaque fois

Dans ton pays d’origine, les amitiés ont souvent une histoire.

Des amis d’école. Des amis de la famille. Des gens qui te connaissent depuis toujours.

À l’étranger, rien de tout ça n’existe.

Chaque amitié demande de l’effort. Du courage. Une énergie que tu n’as pas toujours.

Tu observes les parcs, les crèches, les groupes Facebook, en espérant trouver tes personnes.

Mais tout le monde n’est pas ouvert.

Tout le monde ne cherche pas de nouvelles amitiés.

Tout le monde n’a pas l’espace émotionnel.

Et si tu ne sais pas où chercher — ou si tu es introvertie, épuisée, submergée — il est très facile de se retrouver isolée sans même s’en rendre compte.

Pas de grands-parents. Pas de filet de sécurité.

C’est la partie qui fait le plus mal.

Être parent à l’étranger, c’est ne pas avoir d’aide intégrée.

Pas de grands-parents qui passent. Pas de « je te les garde une heure ».

Pas de plan B avec quelqu’un qui connaît déjà ton enfant.

Oui, les visites de la famille arrivent parfois.

Une semaine. Deux semaines. Peut-être plus, si tu as de la chance.

Mais le reste du temps ?

Tu es seule.

Tu apprends à continuer même malade, même épuisée, même dépassée — parce que personne ne peut prendre le relais.

Les babysitters doivent être trouvées, apprivoisées, payées.

Les pauses doivent être organisées, jamais présumées.

Et voir les autres bénéficier d’un soutien que tu n’as pas peut te briser le cœur en silence.

Nourriture, routines et petits chocs du quotidien

On sous-estime énormément l’impact des différences du quotidien.

En Pologne, j’ai grandi avec le petit-déjeuner, puis un gros repas vers 16 h, et le dîner le soir.

En Italie ? Le déjeuner à 12 h. Parfois à 14 h.

Entre 14 h et 19 h ?

Bonne chance pour trouver quelque chose à manger. Tout est fermé.

Ça peut sembler anodin — jusqu’à ce que tu sois en postpartum, affamée, émotive, devant un magasin fermé, à te demander pourquoi tout te paraît si difficile.

Horaires des magasins. Horaires des repas. Rythme scolaire.

Même le temps « acceptable » pour rester dans un café avec des enfants.

Tous ces petits détails s’additionnent.

Et soudain, tu te sens constamment en décalage avec le monde autour de toi.

Ce que je ne savais pas être en train de construire

Vers 2020 — juste avant que le monde ne s’arrête — mon mari et moi avons commencé à construire quelque chose en ligne.

À l’époque, ce n’était pas une grande mission.

Nous étions simplement deux nutritionnistes et coachs sportifs vivant à l’étranger, travaillant avec des mamans expatriées épuisées, vidées, déconnectées de leur corps.

Sur le papier, il s’agissait de santé, de fitness, d’énergie, de poids.

Mais en réalité, ce n’a jamais été l’essentiel.

L’essentiel, c’était que ces femmes commencent à sentir : je peux y arriver.

Même sans grands-parents. Même sans village. Même sans filet de sécurité.

Et quelque chose de beau s’est mis à se produire.

Des mamans se sont trouvées.

Des femmes du même pays se sont connectées.

Des amitiés locales sont nées autour de marches, d’entraînements, de cafés, de chaos partagé.

De petits microcosmes de soutien.

Des familles qui soutiennent d’autres familles.

Des mamans qui portent d’autres mamans.

Avec le temps, c’est devenu l’une des choses qui me tiennent le plus à cœur.

Surtout aujourd’hui, alors que beaucoup des femmes avec qui nous sommes en lien vivent en Suisse, près de Zurich — pas loin de chez nous — je vois à quel point tout change quand on ne se sent plus seule.

Si tu te reconnais — tu n’es pas cassée

Si tu te sens seule en tant que maman à l’étranger, il n’y a rien qui cloche chez toi.

Tu n’es pas ingrate.

Tu n’es pas faible.

Tu n’échoues pas à « t’intégrer ».

Tu fais l’une des choses les plus difficiles qui soient :

Élever des enfants loin de tout ce qui t’est familier, tout en reconstruisant une vie depuis zéro.

La solitude dans la maternité à l’étranger est bien plus fréquente qu’on ne le dit.

On en parle simplement trop peu.

Alors si tu lis ces mots et que tu te dis « c’est moi » — je te vois.

Tu n’es pas seule. Même quand ça en a l’air.

Et parfois, le simple fait de le savoir… suffit déjà à respirer un peu mieux.

Paulina.

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